Le piège de la pression de performance : quand l'ambition bascule en surrégime
Le nombre de personnes en maladie de longue durée pour cause de burn-out continue d'augmenter. Derrière ces chiffres se trouvent des personnes qui ont bien fonctionné pendant des années, jusqu'à ce que ça ne soit plus possible. Ce blog aborde la pression de performance comme une responsabilité partagée et propose des repères concrets, pour l'individu comme pour l'organisation, afin de rendre la charge de travail gérable.

Année après année, le nombre de personnes en maladie de longue durée pour burn-out ou d'autres plaintes liées au travail augmente (INAMI). Derrière ces chiffres, il n'y a pas des dossiers abstraits, mais des personnes dont la carrière s'est souvent longtemps bien déroulée, qui portaient beaucoup de responsabilités et qui grandissaient sans cesse dans leur rôle. Une femme avec qui j'ai parlé m'a raconté quelque chose de semblable : productive pendant des années, engagée et toujours prête à en faire un peu plus, jusqu'au moment où ça n'allait tout simplement plus.
Son histoire montre quelque chose qui revient souvent dans la pratique : plus de pression ne mène pas toujours à de meilleures performances. L'ambition peut basculer en surrégime, et l'appel constant à en faire "plus" ne motive plus, il épuise. En psychologie, on parle aussi de la loi de Yerkes-Dodson : un certain niveau de tension peut aider, mais trop de pression finit par avoir l'effet inverse.
Ce qui rend cette dynamique encore plus délicate, c'est que dans les discussions sur la pression de performance, la responsabilité passe souvent d'un camp à l'autre. Les employeurs pointent les employé·es qui devraient mieux protéger leurs limites, les employé·es renvoient à un contexte de travail structurellement trop lourd. La solution se trouve rarement d'un seul côté.
Dans ce blog, je regarde ce que les individus, les responsables d'équipe et les organisations peuvent faire pour rendre cette pression plus gérable.
Passer à l'action : garde ta pression de performance saine
Une ambition saine commence par la connaissance de soi. Un certain niveau de défi peut motiver, mais si la barre monte sans cesse sans récupération, l'ambition saine bascule en surrégime.
1. Apprends à mieux évaluer ta propre capacité
Regarde honnêtement ce que tu peux porter. Pas seulement ce que tu es techniquement capable de faire, mais aussi ce qui reste tenable à long terme. Quelles tâches te donnent de l'énergie, et lesquelles commencent à peser ? Quand on a longtemps travaillé à plein régime, on s'habitue parfois à un rythme qui n'est en fait plus durable.
2. Ressens et reconnais les signaux d'alarme
Mal dormir, être plus vite irrité·e, avoir du mal à te concentrer ou avoir l'impression de courir après les événements sont des signaux importants. La question n'est pas seulement : "Comment je me sens ?", mais aussi : "Qu'est-ce que mon corps ou ma tête essaie de me dire ?"
3. Ose exprimer tes limites
Sentir ses limites est une chose, les exprimer est au moins aussi important. Dire à temps ce qui est faisable est souvent bien plus professionnel que de continuer jusqu'à ce que ça dérape. Par exemple : "Mon agenda est plein pour le moment" ou "Je veux bien faire ceci, mais alors autre chose doit être déplacé."
4. Précise tes propres priorités
Tout n'est pas aussi important ou urgent. Fais la différence entre ce qui est vraiment prioritaire et ce qui relève surtout du 'toujours plus' sans valeur ajoutée. Tu évites ainsi une pression inutile et le perfectionnisme.
5. Fais de la récupération une partie fixe de ta journée
De petites pauses, une courte promenade ou une respiration consciente te donnent une énergie durable. La récupération n'est pas un luxe, c'est une nécessité.

Marie Noppe
Aux organisations et aux responsables d'équipe de jouer : une charge de travail saine
Les organisations et les responsables d'équipe créent le contexte dans lequel les employé·es travaillent. Ils et elles déterminent non seulement ce qui est attendu, mais surtout la façon dont la charge de travail est vécue. Pour rendre possibles des performances durables, il faut donc aussi regarder comment le travail est organisé et piloté.
1. Construis une culture de confiance
Fais de la place pour des conversations ouvertes sur la charge de travail, la faisabilité et l'énergie, sans jugement. Demande régulièrement : "Comment ça va, vraiment ?"
2. Fixe des attentes réalistes
Si les échéances, les objectifs et la charge de travail restent structurellement trop élevés, parler de bien-être sonne vite creux. Tout ne peut pas toujours aller plus vite ou être plus. Aide à choisir, à supprimer et à se concentrer sur ce qui est faisable.
3. Prends au sérieux les premiers signaux de surcharge
Sois attentif·ve au repli sur soi, aux tensions ou à une baisse des performances. Intervenir tôt évite beaucoup de souffrance.
4. Montre l'exemple
L'exemplarité pèse lourd. Prends toi-même des pauses, ne réponds pas constamment tout de suite et respecte tes propres limites. Tu permets ainsi aux autres de le faire aussi en toute sécurité.
5. Mise sur une performance durable
Les organisations ne sont pas seulement responsables des objectifs, mais aussi des conditions dans lesquelles ces objectifs doivent être atteints. Pose régulièrement la question, à toi-même et à ton équipe : "Comment faire pour que chacun·e puisse continuer à performer de manière saine ?"
Responsabilité partagée et collaboration
La pression de performance n'est ni un problème individuel, ni seulement un problème d'organisation. Elle naît de l'interaction entre l'ambition personnelle, le contexte professionnel et les collaborations. C'est pourquoi il est crucial que les employé·es et les organisations s'y attaquent ensemble.
Le dialogue en est le fondement : régulier, ouvert et sans tabous. Il ne s'agit pas de culpabilité, mais de compréhension et de la recherche commune de solutions réalistes. Quand des employé·es expriment leurs limites, cela donne des informations précieuses sur la faisabilité des tâches et des attentes. Les organisations et les responsables d'équipe ont la responsabilité de prendre ces signaux au sérieux.
La mesure et les accords rendent tout cela concret : que signifie travailler de manière durable dans ce rôle ? Quels objectifs sont atteignables dans un délai raisonnable ? À quoi ressemble une charge de travail saine dans la pratique ? Quand ces règles sont claires, la performance durable n'est plus un idéal flou, mais une mission partagée et concrète.
Avec la prévention comme routine (des conversations régulières, une détection précoce et des réflexions communes), tu évites que la pression de performance débouche sur un burn-out. Parfois, il ne s'agit pas d'en faire plus, mais de fixer ensemble des limites : c'est là le choix le plus fort.
Conclusion
La pression de performance nous concerne toutes et tous : employé·es, responsables d'équipe, organisations et toutes les personnes qui contribuent à une culture de travail saine. Elle demande à chacun·e de nous le courage de respecter les limites, de prendre ses responsabilités et de continuer à communiquer ouvertement. Ce n'est qu'ensemble que nous créons un environnement où chacun·e peut continuer à grandir et à performer avec plaisir, énergie et résilience.
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Écrit par :
Marie Noppe









